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Histoire

Du néolithique au XVIème siècle

Nous avons depuis plus de 50 ans, la certitude que le site de Seilh a été occupé dès le néolitihique (3 500 avant J.C.). En effet, des fouilles effectuées par les professeurs L. Méroc et G. Simonnet de la faculté de Toulouse ont permis de mettre au jour un vaste gisement de plein air le long de la falaise du Percin. Entre 1946 et les années 70, quelques 3 000 pièces remarquables (galets, outils, céramiques) ont été découvertes. Un forage a même permis de révéler des fonds de cabanes parfaitement conservés. D’autres fouilles ont également révélé une occupation gallo-romaine beaucoup plus près du centre ville actuel dans le quartier d’Espitalis.
Mais nos connaissances sur le Seilh d’hier, sont beaucoup plus précises à partir du VIIème siècle. Comment sont-elles parvenues jusqu’à nous ?

Un historien local méconnu, l’instituteur Pierre Gazagne.

Les archives départementales de la Haute-Garonne ont aimablement mis à notre disposition un document inestimable sur notre patrimoine culturel : une histoire de notre cité écrite par l’instituteur de la commune Pierre Gazagne. Qui est-il ? né le 10 juin 1843, c’est un enfant du pays, fils de Jean Gazagne, laboureur et de Jeanne Passeman, ménagère, tous deux originaires également de Seilh.
Il sera un de ceux que la troisième république dénommera les « hussards noirs de la république », à la fois maître d’école et secrétaire de mairie, propagandiste de la laïcité et érudit local.
Le document qu’il nous a laissé, achevé le 28 avril 1886 est une véritable mine de renseignements, fruit d’une investigation minutieuse. Nous vous livrons in extenso les premiers extraits de cette rédaction :

« La fondation de la commune eut lieu à une époque que je ne puis préciser mais si j’en crois l’histoire du Languedoc par les bénédictins, elle remonte au-delà du VIième, car ils font mention d’une charte ou vente par laquelle les communes de Seilh (Sallis) et Beauzelle sont vendues avec seize autres villages situés sur la rive droite ou gauche de la Garonne, dont la plupart des noms sont aujourd’hui inconnus, moyennant sept cents sols d’or et quatre habits estimés deux cent sols, à l’abbaye de Moissac en 680 au mois de mai, par Nizérius et sa femme Ermentrade. Il est probable que le village avait plus d’étendue qu’aujourd’hui, ou qu’il n’était pas situé sur le même emplacement. Le grand nombre de ruines qu’on trouve dans la plaine et quelques tombaux dispersés ça et là, tombaux recouverts en dalles très larges et très minces en terre cuite et bâtis avec de la chaux, font supposer que le village était plus grand, ou qu’il était situé dans la plaine, au nord de l’emplacement actuel ; l’on y a même trouvé les ruines de deux églises. On peut encore supposer que toutes ces ruines sont des dépendances d’un château appelé Bramofan, dont Hugues Pagès , l’un des seigneurs du villages fit hommage au roi de France en 1463, ou peut être les ruines du château lui-même, ou encore d’un autre château appelé l’Hospital ou Hospitalis, dont le seigneur Jean de l’Hospital fit hommage au roi de France le 11 Février 1612. On ne sait pas au juste aujourd’hui où étaient situés ces châteaux, au moins celui de Bramofan les ruines étant disséminées sur une étendue de un kilomètre environ.
Je serais embarrassé de donner une étymologie exacte de la commune.
Il est prouvé par la tradition que tout le territoire de la commune était couvert de forêts, il n’y a pas encore 300 ans. Sylva en latin signifie forêt. Est-ce que de Sylva par corruption, on aurait pu arriver au nom de Seilh ?. Monsieur Lavigne dans son histoire de Blagnac lui donne le nom de Solio et les bénédictins Salis. C’est une preuve que le village a changé plusieurs fois de nom. Jusqu’en 1789 la commune n’a pas d’histoire municipale et le registre des délibérations du conseil municipal de 1771 jusqu’à nos jours, avec les registres de l’état civil de la même époque sont les seules archives de la commune que j’ai pu consulter. Les quelques notes historiques que je vais donner dans la suite ou que j’ai données plus haut et qui remontent la plus ancienne au VIIème siècle, sont extraites de l’histoire du Languedoc par les bénédictins, les archives du parlement de Toulouse, les archives des trésoriers de France, d’actes de familles, de l’histoire de Blagnac par M. Lavigne d’un arrêt de la cour royale de Toulouse du 28 Août 1833 et des registres des délibérations du conseil municipal.
La commune de Seilh dépendait du comté de Toulouse, mais après la croisade des Albigeois, le concile de Latran en 1215 donna au chef de cette croisade les principaux fiefs du Languedoc entre autre le comté de Toulouse à Simon de Montfort. Quelques années plus tard son fils Amory, légua les droits qu’il pouvait avoir sur ce comté au roi de France. Cette commune passa ainsi dans le domaine de la couronne et dépendit de la baronnie de Blagnac. En 1306 Philippe le Bel échangea cette baronnie contre les seigneuries de Septfonds, Mireval, Hautmon, etc, que possédait un chevalier du Quercy nommé Géraud Valéna ou Baléna. Cette baronnie de Blagnac comprenait plusieurs communes entre autres Bruguières, Saint-Sauveur, Seilh, Aussonne etc. Le baron de Blagnac Géraud Baléna aliéna bientôt cette baronnie en faveur de la famille De Voisins. Cependant le fils de Géraud Baléna, Robert, est encore considéré comme seigneur de Blagnac. Les De Voisins furent barons de Blagnac de 1400 à 1560 ou seigneurs de Bruguières. Les membres de cette famille au nombre de cinq, aliénèrent les diverses parties de la baronnie qui devinrent tout à fait indépendantes du baron de Blagnac.
La commune de Seilh fut du nombre puisque le 24 mai 1457 Etienne de Nogaret seigneur de Seilh donne le fief contre 40 écus d’or à Maître Guillaume Guizot notaire à Toulouse et à Hugon Guizot, clerc, le terroir du Clusel ou de la Tricherie, dépendant de la seigneurie de Seilh. A la même époque un certain Hugues Pagès , possédait le fief de Bramofan et quelques années après au commencement du XVIème siècle la famille De Chalvet possédait le fief de Rochemontès tous deux dépendant de la seigneurie de Seilh.
Cette espèce d’indépendance que la commune de Seilh avait acquise ne dut guère profiter aux habitants puisque au lieu d’un maître, ils en eurent plusieurs dont chacun put gouverner sans contrôle. Etaient-ils meilleurs ou plus mauvais que le suzerain de Blagnac ?. Comment gouvernaient-ils ?. C’est ce qu’il serait important de savoir et c’est ce que j’ignore ».

L'histoire s'écrit entre le Percin et le Bourg

Le 28 avril 1886, l’instituteur public, Pierre Gazagne achevait l’histoire de Seilh. Riches d’enseignement, ces étonnantes notes, fruit d’un travail de recherche laborieux, nous éclairent sur ce que fût la destinée de notre commune et de ses habitants durant près de deux millénaires.

Seilh change à nombreuses reprises de propriétaires

« La famille des Guizot posséda le fief du Clusel ou de la Tricherie (1) de 1457 à 1533 ; mais une grande partie de ce fief fut vendue en 1509 à noble Pierre de Boisson seigneur de Beauteville qui en fit don la même année à l’hôpital St-Jacques de Toulouse qui le possède encore (2).
 
A Hugues Pagès et son frère, qui en 1463, possédaient le fief de Bramofan, où était situé le château portant ce nom, succéda je ne sais comment l’abbé de Grand-Selve qui dut y établir quelque couvent de son ordre. C’est probablement de cette époque que datent ces églises ou chapelles dont on trouve encore des ruines. A l’abbé de Grand-Selve, succéda la famille de l’Hospital, qui changea le nom du fief de Bramofan, par celui d’Hospitalis. Les membres de cette famille au nombre de cinq possédèrent ce fief de 1565 à 1664.

Le terroir de Rochemontès, compris aussi au moins en partie dans la seigneurie de Seilh, était possédé par la famille de Chalvet de Rochemontès, venue d’Auvergne en Languedoc au commencement du 16ème siècle. Cette famille qui avait donné son nom à ce terroir Chalvet de Rochemontès, possédait aussi la seigneurie de Merville, qui dépendait du Comté de l’Isle-Jourdain. Cette famille de Chalvet posséda ce terroir de 1553 à 1664.
Bernard de l’Hospital, le dernier membre de cette famille, dont les affaires étaient embrouillées, vendait peu à peu toutes ses possessions de Seilh à Jean-Jacques de Lombrail, trésorier général de France à Toulouse. Ce Jacques de Sombrail était le fils de Jean Salvy de Sombrail, qui avait déjà acquis en 1661 la terre noble de Rochemontès ainsi qu’une maison et des terres à Merville, de Anne de Cassaigneau, veuve de François de Chalvet, seigneur de Merville.
 
A partir de 1664, la famille de Sombrail posséda le fief de l’Hospital ou Hospitalis et la terre noble de Rochemontès et le fief de Clusel ou de la Tricherie qui, après avoir été possédé par plusieurs familles, était tombé entre les mains de la famille de Percin. Ils furent coseigneurs de Seilh et un acte de transaction, passé entre Jean de Percin et Jean-Jacques de Sombrail en 1675 établissait les droits respectifs entre eux.
Jean de Percin était seigneur de Seilh, ou de la Tricherie et Jean-Jacques de Sombrail, trésorier de France à Toulouse, seigneur de Seilh ou de Rochemontès en partie. Ce Jean-Jacques de Sombrail, avait épousé la fille du célèbre Pierre Paul Riquet (3).
Jean de Percin par l’acte de transaction de 1675 confirmait à Jacques de Sombrail, tous les droits inhérents aux terres de Rochemontès et de Seilh en partie et autorisait le transport de la justice sur les terres environnant la demeure de Monsieur de Sombrail à Rochemontès.
Jean de Percin avait déjà fait en 1639 devant les capitouls de Toulouse le dénombrement de ses biens nobles et de ses droits dont voici un extrait.
« Justice moyenne, haute et basse à Seilh, ou à la Tricherie, château à la Tricherie, avec prison pour les malfaiteurs, plusieurs métairies, le ramier de la Cacho, droit d’attache d’un moulin à nef sur la Garonne, de bateau et de port sur le fleuve, de forges, d’hôtellerie et de tuilerie ».
Il y avait plusieurs autres terres possédées par d’autres familles, mais celles-ci étaient grevées de redevances envers le seigneur de la Tricherie ou celui de Rochemontès, au moins à partir de 1650.
Je pourrai continuer l’énumération que je viens de faire jusqu’en 1789, mais toutes ces notes comme celles que j’ai données se résumeraient à raconter l’histoire des procès que les suzerains et vassaux se faisaient entre eux, ou des actes de transaction, des baux de pêche de lacs, etc, etc, actes assez insignifiants.
L’histoire municipale, l’histoire des habitants de la commune, celle qui serait la plus intéressante, je ne peux l’écrire n’ayant aucun document ancien qui puisse me renseigner à cet égard, si ce n’est le Registre des délibérations, à partir de 1771.
En 1789, ce furent les nommés Boissié et Bégué le premier, secrétaire de la Mairie et le second propriétaire à Seilh, qui furent délégués par les électeurs de Seilh, à l’assemblée primaire chargée de nommer les députés aux Etats-Généraux. Il fut dressé le même jour un cahier de doléances, la délibération en fait mention.
Jean Ayrolles et Dominique Capdaré, furent chargés de représenter la commune à la fédération civique du 14 juillet 1790.

Un contentieux de près de vingt ans

De 1790 à 1808, toute l’histoire de la commune se résume en un procès qu’elles soutint contre les sieurs de Percin et du Bourg, au sujet des ramiers de la vallée de la Garonne, dont elle se prétendait propriétaire.
En l’an II de la République, la commune obtint gain de cause et ces terrains que l’on disait être communaux furent partagés entre les habitants. Le sieur de Percin qui était alors emprisonné fit opposition à ce jugement quand il sortit de prison. Ce procès traîna en longueur de juridiction en juridiction.
En 1807, la commune fut condamnée non seulement à rendre les terrains qu’elle jouissait depuis l’an II, mais encore à payer aux héritiers du Bourg la somme de huit mille francs pour les indemniser des dommages causés par cette usurpation.
Le Conseil municipal demanda vingt années pour s’acquitter de cette somme ; mais il est probable que les héritiers du Bourg ne l’exigèrent pas au moins totalement puisque le budget de la commune, pour les années suivantes ne dépasse guère cent cinquante francs.

Le Général Wellington, futur vainqueur de Napoléon à Waterloo, à Seilh en avril 1814.

En 1814, les armées alliées, qui avaient envahies la France occupèrent le village de Seilh ; mais ce fut principalement les anglais. Le Général Wellington avait même établi son quartier général au Château de Rochemontès et ce fut sur le territoire de la commune, au lieu dit la Cacho, que l’armée anglaise, construisit son pont de bateaux sur la Garonne, pour passer sur la rive droite. Le nommé Prégnac Jean, habitant de Seilh, traversa ce pont malgré la défense de la sentinelle anglaise, avec quelques-uns de ses camarades, tous enfants comme lui ;
Les habitants de Seilh, n’ont pas conservé de ce passage un souvenir si désagréable que celui que conserveront longtemps les départements envahis en 1870 par les hordes prussiennes. Les anglais se conduisirent en peuple civilisé.

LA BATAILLE DE TOULOUSE :
(D’après « Les grandes heures de Toulouse » de Pierre de Gorsse – Librairie académique Perrin)

Début 1814, les armées de Napoléon sont en déroute, la France est envahie. Dans un dernier sursaut, l’empereur va livrer batailles à la fois contre les Prussiens, les Anglais, les Russes, les Espagnols… les campagnes héroïques de 1813 –1814 ne peuvent empêcher l’Europe coalisée d’abattre celui qui a fait trembler les trônes des puissants. Devant la lassitude du peuple et sous la pression de ces maréchaux, Napoléon consent à abdiquer le 6 avril 1814.

Au mois de mars, le Maréchal Soult  s’était vu dans l’obligation de quitter la péninsule ibérique, repoussé par les troupes du field-marshal anglais Wellesley de Wellington. La dernière bataille sera livrée dans l’ancienne capitale du Languedoc dont les murs sont consolidés et aménagés en prévision du siège. Toulouse devient une ville morte. Renseigné sur les dispositions prises pour défendre Toulouse, le général Anglais décide tout d’abord de franchir la Garonne à Pinsaguel, mais après un échec tente de jeter un pont de bateaux aux abords de Grenade-sur-Garonne (5). Bien renseignés, les français lancent à la dérive, des radeaux chargés de grosses pierres qui ruinent l’entreprise.
Le 8 avril, les ponts ayant pu être rétablis, les deux armées se trouvent face à face : 40 000 hommes côté français, 48 000 hommes pour les coalisés. Le 10 avril, jour de Pâques, les armées s’affrontent avec acharnement à la périphérie de la ville rose : aux Ponts jumeaux, le long du Canal du Midi auprès des Minimes, dans le faubourg Bonnefoy, vers Balma ainsi que sur le plateau de Montaudran.
La lutte est peu meurtrière compte tenu des effectifs en présence. Elle se soldera par 321 tués et 2 369 blessés pour les français et 593  morts et 4 054 blessé chez les coalisés.
Soucieux de ménager le sang de ses troupes et d’épargner Toulouse, le Maréchal Soult prend dans la soirée du 10 avril, quatre jour après la chute de l’Empire, la décision d’abandonner la ville. Wellington n’entreprend rien pour contrarier cette retraite, et les français se retirent dans un ordre parfait laissant Toulouse intacte.

(1)    Le hameau de la Tricherie correspond à la zone portuaire. Il est ainsi nommé en raison de l’existence d’un tripot situé au port du Percin.
(2)    En contrepartie de ce don, l’Hôpital Saint-Jacques s’était engagé à soigner gratuitement tout habitant de Seilh.
(3)    Pierre-Paul de Riquet : ingénieur, né à Béziers en 1604, décédé à Toulouse en 1680. Il fut le constructeur du canal du Midi (1666 à 1681).
(4)    L’instituteur Gazagne a achevé son « histoire »  le 28 avril 1886, Jean Prégnac était donc né en 1798 et avait 16 ans à l’époque des faits.
(5)    Selon le témoignage de Jean Prégnac, le pont de bateaux était en réalité situé sur le territoire de Seilh

Le village de Seilh ou les surprenants mélanges de l'histoire

Le rachat d’une maison peut être l’occasion de découvertes particulièrement intéressantes. Point de trésor, seulement la découverte de vieux papiers dans le grenier d’une ancienne demeure située route de Grenade à proximité de l’école communale. Ces archives appartenaient à Jacques Cancé, l’ancien régisseur de la famille de Roaldès du Bourg de Rochemontès dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Livres de comptes, courriers, factures, journal personnel, cette accumulation de documents, en d’autres temps sûrement livrés aux flammes, a été reprise dans un ouvrage édité par les amis des archives départementales de la Haute-Garonne : « MÉLANGES HISTORIQUES MIDI-PYRENÉENS ». Elle constitue, au travers de ces anecdotes, un éclairage particulièrement intéressant sur les mentalités et les comportements à l’époque de l’ordre « moral » en région toulousaine.
Nous reprenons in-extenso l’une d’entre elles citées par Guy-Pierre SOUVERVILLE, dans le chapitre intitulé : « LE VILLAGE DE SEILH OU LES SURPRENANTS MÉLANGES DE L’HISTOIRE »..
 
Jacques Cancé, succéda à ses pères et grand-père dans la fonction de régisseur de Rochemontès. Il ne fut pas comme eux, maire de Seilh et se contenta de siéger au Conseil municipal. Elève de l’Institution Saint-Joseph, pensionnat qui se situait dans le quartier Saint-Aubin à Toulouse, il y est diplômé arpenteur-géomètre.
 
A sa sortie, il partage donc son temps entre ses fonctions de régisseur des  du Bourg, sa propriété viticole, mais aussi le commerce des vins qui faisaient alors de Seilh un magnifique vignoble. Les carnets de Cancé racontent d’ailleurs son agonie après les catastrophiques ravages du phylloxera.
 
Il en subsista toutefois une partie, après la plantation des ceps américains autour du cimetière, et ce jusqu’à l’aube du XXIème siècle.
 
Le 29 juillet 1887, notre régisseur apprend le décès du maître du domaine de Rochemontès, Gabriel-Philippe du Bourg à qui succèdera son fils Gaston. C’est un événement que Jacques Cancé rapporte, comme suit, dans son journal.
 
« …Ce matin le maître valet et Antoine sont allés décharger deux charettes à Vieux-Cazal. Moi, je suis allé à Lancefoc pour savoir à quelle heure il faudrait aller chercher la batteuse. Le maître-valet y est allé ensuite, il est parti d’ici à cinq heures et demie mais n’est revenu qu’à la nuit .
Monsieur Joseph du Bourg est venu annoncer la mort de Monsieur Philippe du Bourg, propriétaire de Rochemontès, âgé de 81 ans, né en 1806. Tous les habitants de la commune sont invités à l’enterrement.
Cette cérémonie nous dérange beaucoup, à cause de la batteuse qui doit travailler pour nous demain. Les maître-valets vont chercher la batteuse qui arrive vers huit heures, on ne peut la mettre en place.
Samedi 30 juillet 1887.
« …ciel bleu, forte chaleur, le mécanicien met la batteuse et la machine en marche, cela prend environ une heure. Nous attaquons le blé vers six heures, déjeunons à sept, et continuons à travailler jusqu’à dix. Je fais alors arrêter la machine et engage tout le personnel à s’apprêter pour aller à l’enterrement de Monsieur du Bourg que l’on doit porter vers 10 heures.
En effet, le corbillard arrive, suivi de sept à huit voitures portant les parents et les amis du défunt. Le cortège se forme chez Canard, Monsieur le curé se fait un peu attendre. Les hommes veulent porter la bière à bras, mais ne tardent pas à se plaindre. Ils s’y mettent à huit et n’y arrivent qu’avec beaucoup de peine ; pour arriver au cimetière, ils se servent de la voiture qui est encore là.
Au cimetière, la bière n’a pu entrer dans la fosse trop étroite, on l’a remise dans la chapelle en attendant l’accord de Messieurs du Bourg et de Sevin, gendre du défunt qui sont venus à la maison. Ils ont pris du pain et du vin blanc, Monsieur Gaston n’a jamais voulu rien prendre.
Vers deux heures, ils sont revenus au cimetière pour mettre la bière dans la fosse et sont repartis vers trois heures.
Notre chantier n’a repris que quand ces Messieurs ont été partis et nous avons perdu près d’une demi-journée. Nous avons fait aujourd’hui 43 hl de blé, et j’avais dix-neuf personnes pour servir la batteuse. Le mécanicien s’appelle Sabatier, il est un peu vantard, le bourreur est de Blagnac.
A l’enterrement de Monsieur du Bourg, il y avait les prêtres de toutes les communes voisines, près de 60 kg de cierges de toutes les dimensions et de première qualité. La bière était en chêne en dehors et en plomb en dedans : elle pèse plus de 600 kg.
Cet enterrement a été de première classe et on n’avait jamais rien vu de pareil dans la commune ; il y avait des sœurs d’un couvent de Limoges qui fut fondé par une tante du défunt, ainsi que le Comte de Toulouse-Lautrec et Monsieur O’Byrne, tous deux neveux par alliance du défunt avec la famille du Bourg de Mondonville.
Pour le personnel de la batteuse, voir au livre des journées ; J’ai servi du vin aux ouvriers ainsi qu’au maître-valet, avec un personnel pareil, les barriques se videraient vite… »

1849, ouverture de la 1ère école primaire

La première fois qu’il fut question d’établir une école dans la commune, ce fut en 1829, Monsieur le Préfet proposa cette création mais le Conseil s’y refusa, prétextant le manque de ressources pour son entretien.
En 1833 après le vote de la loi sur l’instruction primaire, le Conseil Municipal, vota deux cents francs pour le traitement de l’instituteur. Il devait néanmoins s’écouler encore 16 années avant l’établissement de la première école dans la commune.
En 1835, la commune qui n’avait pas assez de ressources pour l’entretien d’une école refusa néanmoins de s’adjoindre à Aussonne.
En 1836, nouveau refus ou du moins le Conseil Municipal veut exiger que l’instituteur d’Aussonne vienne faire sa classe à Seilh trois jours par semaine, ce qui équivalait à un refus.
En 1837, refus de s’adjoindre à Beauzelle.
En 1847, refus de traitement à l’instituteur établi à Beauzelle.
 
Le premier instituteur public révoqué.
Enfin le 3 juin 1849, un instituteur est nommé à Seilh, c’est le sieur Caussou. J’ai été, je crois,  son premier élève. Il faut supposer qu’il ne s’occupait pas bien de ses devoirs ; car par une délibération du 22 juin 1850, le Comité local de l’Instruction Primaire demande sa révocation, l’accusant de prendre 5 mois de vacances dans l’année et d’élever ensemble avec les élèves une collection d’animaux.
En 1851, il n’y a pas d’école.
Au mois de juin 1852, le sieur Cazelles est nommé instituteur à Seilh. C’était un maître très méritant et tous les habitants n’ont eu qu’à se louer de ses services ; Il ne resta que deux années à Seilh et se fut le sieur Marignac qui lui succéda.
Ce dernier est resté dans la commune pendant dix-huit ans, c’est dire qu’il vivait en bonne intelligence avec la population et s’occupait consciencieusement de ses devoirs. Je suis son successeur et son élève.
La commune ne possède qu’une école publique. Elle est suffisante grâce à une école libre de filles établie depuis une dizaine d’années ; mais si l’école libre de filles disparaissait et que l’école redevenait comme autrefois, les locaux seraient tout à fait insuffisants.
Depuis fort longtemps, même avant la loi sur l’obligation, l’école était fréquentée par tous les enfants de la commune et aussi régulièrement qu’aujourd’hui.
Depuis 1872 époque à laquelle je fus nommé instituteur dans la commune, je n’ai pas vu un seul conscrit illettré appartenant à la population normale de la commune. Ceux qui étaient complètement illettrés, il y en a eu très peu, n’appartenaient pas à la population normale de la commune. Ils n’y résidaient que momentanément. Il y a eu pourtant pendant la dernière année, un conjoint femme qui n’a pas signé de son nom.
 
Un don de Monsieur le Préfet permet de créer une bibliothèque scolaire.
La bibliothèque scolaire fut fondée en 1866 et les premiers ouvrages furent donnés par Monsieur le Préfet. Elle se compose actuellement de 101 volumes, 23 ayant été retranchés pour usure ou autres motifs. Le nombre de prêts s’élève habituellement de 80 à 100 par année.
Sur ma demande le Conseil municipal vote tous les ans une somme de vingt francs pour achat de livres.
Il existe une caisse des écoles qui aura cent cinquante francs à la fin de l’année scolaire.
Plusieurs élèves ont des livrets de caisse d’épargne.
Il serait à désirer que la commune améliorât le logement de l’instituteur qui est insuffisant.
 
Seilh, le 28 Avril 1886
L’instituteur
Pierre Gazagne
 
UNE GRANDE LOI SCOLAIRE EN 1833.
 
En 1833, François Guizot, alors Ministre de l’Instruction Publique sous la monarchie de juillet, décide de faire adopter une loi fondamentale organisant l’instruction primaire. Cette loi crée trois obligations :
 
Pour tout maître d’école – congrégationiste (religieux) aussi bien que laïque – obtenir un brevet de capacité délivré par une commission départementale ;
Pour toute commune de plus de cinq cents habitants entretenir une école primaire et assurer au maître « le vivre et le couvert » – au moins deux cents francs par an de traitement fixe ainsi qu’un toit pour y loger son école ;
Pour tout département, entretenir une école normale primaire de garçons pour y former les nouveaux maîtres et y recycler les anciens.
 
L’école modernisée que la loi de 1833 veut organiser, a pour objectif de libérer les jeunes élèves de la tutelle de l’Église. Elle n’est pas pour autant antireligieuse : elle s’efforce au contraire d’inculquer ce minimum de religion indispensable à la morale et à la vie en société. Elle devient un instrument de promotion culturelle : les républicains, font de l’instruction populaire la condition de l’émancipation ultérieure.
 
D’après « La Révolution 1770-1880 » de François Furet
Edition Hachette

Affrontements entre Eglise et Régime républicain

La fin du XIXème siècle est caractérisée par de nombreux affrontements entre l’Église de France et le régime républicain né de la chute du second empire. Les relations entre l’église et la république étaient pourtant déjà houleuses depuis plus d’un siècle.
Pilier de la monarchie pendant près d’un millénaire et demi, l’Eglise était entrée en conflit à partir de la période des Lumières durant laquelle les philosophes du XVIIIème siècle ont dénoncé l’obscurantisme de la pensée et lutté pour diffuser dans l’opinion l’idéal d’une société moderne, fondée sur la raison, la justice, les droits naturels des individus.
Sous la Troisième République, marquée par la laïcisation des écoles publiques, l’influence de la franc-maçonnerie et l’affaire Dreyfus, lors de laquelle de nombreux religieux s’étaient rangés dans le camp antidreyfusard, cet antagonisme va aboutir à la séparation de l’église et de l’État votée le 9 décembre 1905.
Seilh n’en était pas moins pas restée à l’écart de ces avatars politico-religieux. Quinze ans auparavant, Peuplée de seulement 332 âmes, son Conseil municipal, par la voix de son Maire, Auguste Espagnac, avait demandé au Préfet de la Haute-Garonne d’intercéder auprès des autorités religieuses afin qu’elles pourvoient au déplacement du prêtre de la paroisse au motif que ce dernier affichait ostensiblement ses sentiments anti-républicains.
A la suite d’une fin de non recevoir, le Conseil municipal avait réitéré sa requête auprès du Préfet et de l’Archevêque de Toulouse.
 
Nous reproduisons ci-après ces documents anecdotiques qui nous ont été aimablement communiqués par les archives de la Haute-Garonne.
 
Délibération adressée à Monsieur le Préfet de la Haute-Garonne

Monsieur le Préfet,
Par sa délibération en date du 1 Mai 1891, le Conseil Municipal de la commune de Seilh vous demandait d’user de votre influence auprès de Monseigneur le Cardinal archevêque de Toulouse, pour obtenir le déplacement du desservant.
Dans cette délibération, le Conseil Municipal énumérait tous les griefs contre le desservant, qui rendaient ce déplacement nécessaire. Il n’a pas été donné suite à cette délibération. Aussi le nouveau Conseil élu le premier Mai me charge-t’il d’agir auprès de vous, Mr le Préfet, pour vous renouveler la même demande.
Il existe entre le desservant et toute la population de la commune un antagonisme regrettable q’il importerait de faire cesser le plus tôt possible.
Peut-on supporter que le desservant se permette d’appeler chez lui des citoyens, qui ont des enfants au catéchisme, pour leur dire qu’ils sont de mauvais pères de famille, parce qu’ils sont républicains.
Peut-on l’approuver quand il s’abstient le jour des Rogations* de venir en procession au hameau des Tricheries, comme il le faisait tous les ans, sous prétexte que ce sont les républicains du hameau des Tricheries qui ont été élus au Conseil municipal.
Il y a quatre ou cinq ans, le desservant faisait une quête, dans la commune, pour acheter des cloches. Il paraît que cette quête fut très fructueuse, puisque cinq cloches furent achetées ou réparées.
La population pensait jouir de ce nouveau carillon, surtout à certains moments, comme naissances, mariages, décès. Depuis deux ans, le desservant s’abstient de faire sonner les cloches, c’est sa servante seulement qui sonne une des plus petites au moment des offices.
Énumérer tous les griefs que la population pourrait invoquer contre le desservant, serait trop long. Aussi me faisant l’interprète de la grande majorité de la population, je viens vous renouveler la demande qui vous a été faite déjà par l’ancien Conseil et vous prie instamment Monsieur le Préfet, d’user de toute votre influence, pour obtenir le déplacement demandé.
Dans l’espoir que ma demande sera accueillie favorablement, je vous prie d’agréer d’avance, avec mon plus profond respect, ma vive reconnaissance.
 
Le Maire de Seilh,
 Auguste Espagnac
 
* Rogations : Procession de supplication instituée au Ve siècle , qui se déroule le jour de la Saint-Marc et les trois jours précédant l’Ascension, destinée à attirer la bénédiction divine sur les récoltes et les animaux. (Larousse Encyclopédique).

 
Pétition adressée à Monsieur le Cardinal archevêque de Toulouse par le conseil Municipal de Seilh
A son éminence le Cardinal archevêque de Toulouse,
 
Éminence,
Par sa délibération en date du 11 mai 1891, l’ancien Conseil municipal demanda à Mr le Préfet d’user de son influence auprès de son éminence Monseigneur le Cardinal, pour obtenir le déplacement du desservant de la commune.
 
Dans cette délibération, le Conseil municipal énumérait tous les griefs et l’animosité qui existent entre le desservant et les habitants de la commune et qui rendent ce déplacement nécessaire.
Aucune solution n’étant survenue, Monseigneur n’ayant pas répondu à cette demande, le Conseil à son grand regret, se voit obligé, pour commencer, de supprimer le supplément de traitement accordé au desservant pour la première messe, jusqu’à ce que satisfaction lui soit donnée.
Monseigneur le Cardinal, ne voudra pas priver longtemps les habitants de la commune de ce secours religieux, il prendra les mesures nécessaires pour faire cesser cet antagonisme regrettable.
Dans cet espoir les soussignés, prient son éminence, d’agréer d’avance, avec leur profond respect, leur vive reconnaissance et leur profond attachement.
Et ont signé tous les Membres présents
 
Pour copie conforme
 
Le Maire
Auguste Espagnac

La charte de Nizezius : encore un faux de l'Abbaye clunisienne de Moissac !

La monographie de la commune faite le 28 avril 1886 par M. Gazagne nous indiquait que « villa sallis » était apparue dans cette Charte comme vendue à l’Abbaye de Moissac en l’an 680 (Histoire du Languedoc datant du 18ème siècle). D’après de récentes recherches, cette Charte s’avère être un faux.

(d’après Jean-Luc BOUDARTCHOUK – Dir. Adj.scientifique et technique à l’INRAP Midi-Pyrénées)

« Il s’agit d’une Charte relatant la donation, en 680, par un certain Nizezius et sa femme Hermintrude, de domaines et de biens en faveur de l’Abbaye de Moissac.

C’est en 2004 qu’Eric Tranier, soulignant l’incohérence manifeste de certains passages, envisagea l’hypothèse d’une forgerie. Lors du débat qui s’en est suivi « L’époque mérovingienne en Midi-Pyrénées » il est rapidement apparu que les critères d’authentification du document, même à minima, faisaient défaut ou étaient incomplets. Il importait donc de reprendre l’historiographie et l’étude de ce document.

Etudes faites par les paléographes, les linguistes et historiens : l’écriture, la langue, les formulaires (cette Charte apparaît comme un conglomérat de différentes formules plus ou moins habilement agencées entre elles et qui nous renvoient au XIe voire au tout début du XIIe siècle). Tout démontre donc que cette Charte n’a pu être écrite en 680.

Quant aux « 700 sous d’or le plus pur » ils constituent matériellement une denrée introuvable en 680, compte tenu des données fournies par la numismatique : la frappe des monnaies d’or, déjà fortement dévaluées, est alors abandonnée au profit des deniers d’argent.

Ce document est un faux ambitieux qui s’ajoute aux cinq déjà identifiés (à des degrés divers de falsification). Ils résonnent, durant le dernier tiers du XI et le début du XIIe siècle, dans le cadre de conflits multiples entre l’Abbaye de Moissac et ses voisins, qu’il s’agisse de St Sernin ou de laïcs. Moissac, c’est connu, tente par tous les moyens, dans son aire d’influence, de récupérer ou de gagner sur des tiers une série de droits, réels ou prétendus ».